Présentation de l'éditeur

Marie-Louise von Franz, qui fut pendant près de trente ans la plus intime collaboratrice de Jung, définit clairement le but de son ouvrage dans le sous-titre qu'elle lui a donné : C. G. Jung. Son mythe en notre temps. Il s'agit moins pour elle d'inventorier une pensée aux multiples facettes que de montrer celle-ci comme le produit d'une aventure vitale, remplie de péripéties et de dangers, à laquelle elle fut étroitement associée. Alors que le «mythe chrétien» tombait en poussière et que Nietzsche célébrait le surhumain avant de s'écrouler, accablé par sa démesure, l'enfant Jung était saisi la nuit par une réalité redoutable : celle du dieu descendu au tombeau et exigeant de ressusciter dans l'homme. Le phallus que Freud allait présenter d'une façon réductrice comme l'explication de l'homme s'imposait en songe au jeune fils du pasteur Paul Jung (il avait quatre ou cinq ans), contrepartie obscure, dionysiaque de la figure claire, «apollinienne» du Christ. Partant de l'interprétation magistrale de cette apparition du dieu souterrain, Mme von Franz décrit les différents aspects de la vision du monde de Jung en ayant soin chaque fois de les rattacher à l'expérience vécue de son auteur. Elle fait ressortir en même temps à quel point cette expérience a une valeur exemplaire pour l'homme d'aujourd'hui. Jung apparaît en quelque sorte comme un sujet «élu» par la Puissance mystérieuse qui meut l'histoire humaine, pudiquement dénommée par lui « Inconscient collectif », pour vivre et présenter une forme de conscience nouvelle. A la fin de l'ère des Poissons, qui a correspondu à celle du christianisme, il annonce l'homme du Verseau. Des physiciens, fascinés eux aussi par l'inconscient mais le projetant dans la matière, ont fait exploser l'antinomie cartésienne : masse -énergie, mettant en danger l'humanité et la Terre.