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detresseinfantileDes imaginations et fantasmes infantiles refoulés ou n’ayant jamais accédé à la conscience s’activent dans « une situation de détresse du conscient », nous dit Jung. Il ajoute que ces imaginations ne sont perturbantes, voire pathologiques, que lorsqu’elles surgissent dans des conditions qui débordent les capacités conscientes de la personne et qui troublent l’équilibre psychique. C’est ainsi que le social peut être tout aussi traumatique qu’une enfance gravement perturbée et maltraitée par l’atmosphère consciente et inconsciente de l’environnement familial. Et bien souvent le trauma social résonne avec celui de l’enfance.

 

C’est non seulement une couche de l’histoire individuelle et familiale qui est réactivée mais une « couche collective très profonde » qui se met à résonner dans la psyché, sous forme archétypique d’émotions, d’images, de phantasmes et de pensées. Ces résonances peuvent devenir « soit une source de créativité et de réalisations spirituelles nouvelles, soit si c’est mal vécu, une source d’états d’âme et d’actes pathologiques » (M.L. von Franz, Âme et Archétypes, La Fontaine de Pierre, p. 23). Et lorsqu’une crise collective prédomine, telle que nous la vivons avec cette épidémie, un fort sentiment d’insécurité peut se développer en nous. « En pareil cas, nous ne pouvons pas faire découler une telle souffrance de la seule histoire personnelle de l’etre qui vient nous voir, mais nous devons trouver avec lui une réponse au problème de l’époque actuelle – et nous le faisons avec l’aide des ses rêves. (…) ces crises collectives sont la condition nécessaire à une évolution progressive de la conscience humaine – individuelle et collective. Elles donnent, à l’arrière-plan, l’impulsion dynamique nécessaire aux évolutions créatrices et spirituelles «   (M.L. von Franz, ibid., p. 31), permettant peut-être de verser un peu d’eau de vie sur une société asséchée malade dans son cœur et son esprit.

C’est la raison pour laquelle le Groupe Jung recueille les témoignages des vécus et rêves en période d’épidémie ( Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ).

On est bien dans l’actualité des graves perturbations psychiques, sur laquelle Jung a toujours insisté :

« l’activation de phantasmes inconscients est un processus qui est lié à une situation de détresse du conscient. (…) de telles imaginations appartiennent au monde de l’enfant et elles ne déterminent de perturbations que lorsqu’elles se trouvent renforcées hors de saison, par des conditions anormales de la vie consciente. (…) Lorsqu’une névrose éclate chez l’adulte, surgit alors le même monde de phantasmes que chez l’enfant et l’on est tenté d’expliquer de façon causale la constitution de la névrose par la présence et l’existence de phantasmes infantiles ; Mais cette façon de voir laisse inexpliqué le fait de savoir pourquoi dans l’entre-temps ces phantasmes n’ont pas suscité d’effets pathologiques. Ces derniers ne se font sentir que lorsque l’individu se heurte à des conditions qu’il ne parvient plus à maitriser par les seuls moyens de son conscient. Cette collision, l’arrêt et la stagnation qu’elle entraine dans le développement de la personnalité, ouvrent l’accès et la descente dans le monde des phantasmes infantiles qui existent de façon latente chez tous les êtres et qui n’exercent pas d’influence pathologique tant que la personnalité consciente peut cheminer sans obstacle trop rude, ou insurmontable, au long de la route de sa vie » C.G. Jung, Présent et Avenir – de quoi l’avenir sera-t-il fait, Denoel Gonthier, 1962, p. 97-98.