588 - AU SOLSTICE DE LA VIE, CREATION ET MELANCOLIE

Par Françoise Bonardel le 13 Décembre 2011


C'est pour avoir lui-même intensément vécu ce bouleversement que Jung a si bien défini la crise survenant au Midi de la vie comme une période de doute et de désorientation préparant « une profonde modification de l'âme humaine ». Décrivant dans Le Livre rouge puis dans Ma Vie la « révolution psychique » résultant à l'époque de sa confrontation avec l'inconscient, Jung a d'une part insisté sur la responsabilité nouvelle incombant à l'être en voie d'individuation, d'autre part sur le caractère « artistique » d'une reconstruction de soi libérée des acquis du passé et de la tutelle exclusive du moi.

On sait par ailleurs que nombre de créateurs ont vécu cette crise comme un moment crucial de leur vie d'homme et d'artiste. Albert Dürer en est un exemple, gravant les trois pièces maîtresses qui ont tant contribué à sa gloire – Le Chevalier, la Mort et le Diable, La Mélancolie, Saint Jérôme dans sa cellule – à une époque-charnière (1513-1514) marquée par la mort de sa mère et par une introversion de type mélancolique. Le caractère très « saturnien » du repli survenu au point culminant de l'existence de Dürer tend aussi à montrer que l'abattement mélancolique, qui est l'un des aspects d'une crise mettant en péril la raison et parfois même la vie, peut être le terreau d'où surgit une réponse créatrice à ce défi.

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