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possession« (…) à peine l’inconscient collectif nous touche-t-il qu’on l’est déjà [« perdu en soi-même »], car on devient inconscient de soi-même. C’est là le danger premier déjà connu instinctivement de l’homme primitif (…) Sa conscience est en effet encore incertaine et chancelante. Elle est encore enfantine, émergeant à peine des eaux premières. Une vague de l’inconscient peut facilement le submerger ; il oublie alors qui il était et fait des choses dans lesquelles il ne se reconnait plus lui-même. Si les primitifs ont une telle peur des effets incontrôlés, c’est que la conscience disparait trop facilement au cours de ceux-ci et laisse le champ libre à la possession. C’est pourquoi tous les efforts de l‘humanité tendent à la consolidation de la conscience. C’est à cela que servaient les rites, les « représentations collectives », les dogmes ; c’étaient les digues et les murailles élevées contre les dangers de l’inconscient, les « perils of the soul ». (…)

Ce sont des murs construits depuis les temps les plus lointains (…). Ce sont aussi, pour cette raison, ces murs qui s’effondrent lorsque les symboles s’affaiblissent sous l’effet de l’âge. Les eaux alors montent plus haut et des catastrophes déferlent à perte de vue sur l’humanité. Le guide religieux (…) des Taos Pueblos me dit un jour : « Les Américains devraient cesser d’entraver notre religion, car si celle-ci vient à périr et que nous ne puissions plus aider le soleil, notre père, à traverser le ciel, alors, d’ici dix ans, il arrivera quelque chose aux Américains et au monde entier » Cela veut dire que la nuit tombe, que la lumière de la conscience s’éteint et que la mer obscure de l’inconscient déferle. Primitive ou non l’humanité se tient toujours aux frontières des choses qu’elle fait elle-même et que cependant elle ne domine pas. «
C.G. Jung, Les Racines de la Conscience, Chapitre « Des archétypes de l’inconscient collectif, 1934, Editions Buchet-Chastel, 1971, p. 35-36