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pdf D Renard Rêver en temps de pandémie (121 KB)

Quel est l’impact psychique de la pandémie actuelle dans notre société ? Jung écrivait : « Des temps aussi foncièrement troublés que notre époque […] influencent si puissamment les décours psychiques de l'individu que le médecin se voit contraint d'accorder une attention accrue aux interférences suscitées dans l'âme de ses patients par les contingences de l'actualité. » (Aspects du drame contemporain, trad. R. Cahen, Genève, éd. Georg, pp. 59-60).
Blogs et articles se multiplient pour témoigner des vécus et ressentis liés à cette situation à la fois exceptionnelle et durable. Mais la vie onirique peut, peut-être, nous éclairer différemment sur ses conséquences psychiques.
Interpréter les rêves sur un plan collectif semble une véritable gageure. Néanmoins certains auteurs ont su relever le défi de façon magistrale, tels Charlotte Beradt (Rêver sous le IIIe Reich, Paris, Payot, coll. Critique de la politique, 2002) ou Emile Szittya (82 Rêves pendant la guerre 1939-1945, Allary éd., Paris, 2019, préfacé par Emmanuel Carrère). Dans L’Âme et la vie, Jung écrivait : « Bien que nous soyons des êtres individuels, notre individualité n’en est pas moins enchâssée dans les mêmes conditions. Un rêve à signification collective sera donc en premier lieu valable pour le rêveur , mais il exprimera, en même temps, que le problématisme momentané de celui-ci est aussi largement partagé par beaucoup de ses contemporains. » (chapitre 4).

Nous avons constitué un petit groupe de recherches de trois personnes pour collecter des rêves et réfléchir à la façon de les aborder. Mais comment déterminer si un rêve nous parlait de la situation collective ou de la vie personnelle du rêveur ? Dans la suite du texte précédent, Jung nous donne une piste : « Tout problème particulier est en rapport , de quelque façon, avec les problèmes de l’époque, ce qui explique que, pour ainsi dire, toute difficulté subjective puisse être considérée en fonction de la situation générale de l’humanité. En pratique cependant, cela n’est admissible que si le rêve utilise vraiment une symbolique mythologique, c’est-à-dire collective. »
C’est précisément parce que je me suis trouvée devant une recrudescence de rêves d’événements cosmiques ou cataclysmiques relevant de ces thèmes archétypiques - notamment ceux du déluge et de la guerre -, que j’ai eu envie de rechercher ce que pouvaient nous apporter les rêves sur le plan collectif. Mais nous ne nous sommes pas limitées à ces images apocalyptiques, et nous avons pris la liberté d’inclure des rêves dont le rapport avec la situation pouvait sembler moins évident mais néanmoins évocateur.
C’est alors que nous avons immédiatement buté sur une difficulté : face aux rêves apportés par les deux autres psychanalystes, chacune de nous se retrouvait comme une poule devant un tire-bouchon, à les lire et relire sans parvenir à les « sentir ». Cela mettait en évidence le filtre subjectif avec lequel nous choisissions les rêves qui nous semblaient pertinents en relation à la pandémie. Les rêves les plus précoces de cette période ont ainsi pris après coup un sens en rapport avec la pandémie. C’est pourquoi il nous a finalement paru plus enrichissant de produire trois analyses distinctes, tout en maintenant nos échanges et en croisant nos regards sur les matériaux des unes et des autres.
La situation que nous vivons collectivement depuis un an se décline sous plusieurs facettes : la maladie elle-même, inconnue et étrange, avec son risque létal ; les risques de contamination, chacun représentant un danger potentiel pour les autres ; l’impuissance de la médecine et l’angoisse de mort ; les mesures sanitaires, restrictions de la liberté d’aller et venir, isolement chez soi, interdit du toucher, contrôles policiers. J’ai sélectionné des rêves qui me semblaient témoigner de mouvements psychiques en rapport avec ces divers éléments.
Pour faciliter la réflexion, je les ai regroupés de manière chronologique, car les ressentis collectifs ont varié au fur et à mesure que la situation s’installait et durait. En début d’année dernière, quelque chose d’énorme et de mystérieux semblait devoir s’abattre sur nos têtes. Vécue d’abord comme une expérience nouvelle et transitoire, la pandémie s’est pérennisée par vagues successives, engendrant comme une suspension du temps. Le plus souvent, la fatalité apparaît sans recours : la sidération l’emporte, aucune aide n’est à attendre, on peut seulement fuir ou se réfugier dans un abri, au risque d’être tué si on en sort. L’avenir et obstrué, l’espoir ne porte plus le regard au-dela du présent qui piétine. Au bout de plusieurs mois, les rêves prennent acte des nouvelles conditions extérieures : il y est seulement alors directement question du confinement et des interdits physiques.
Mais le travail onirique ne se contente pas de refléter le traumatisme, il cherche par où la vie pourra malgré tout se faufiler. Jung écrit en effet : « L’inconscient ne regarde pas en arrière. Il s’efforce de prévoir l’avenir, et même d’en dresser le tableau, même si le langage qu’emploie l’inconscient est exclusivement celui des temps passés. Il voit toujours dans l’avenir avec plusieurs longueurs d’avance, mais il parle la langue du passé. […]Bien que notre intérêt principal semble être l’avenir, nous ne voyons bien que le passé. Alors qu’à l’inverse, notre inconscient parle du passé mais en fait il s’intéresse à l’avenir, il est toujours dans l’anticipation et dans la préfiguration du futur. » (L’Analyse des visions – Le Séminaire de 1930-1934, Extrait de la Conférence 56, le 1er février 1933, Paris, La Compagnie du Livre Rouge/Imago, 2018, p. 900.) Ainsi on fait peau neuve derrière le masque, et la voix du cœur trouve son chemin dans les rêves : on s’embrasse quand même, on prend en charge de petits orphelins.
Les rêves que j’ai retenus ont bien entendu une valeur significative très personnelle pour leur rêveur, mais ce n’est pas ce à quoi je m’attache ici. C’est pourquoi je n’ai donné aucune précision au sujet des rêveurs, sauf exceptionnellement lorsque cela me paraissait utile au regard du contenu onirique.
Dans ce qui suit, mon ambition se limite pour l’instant à dégager quelques thèmes en attendant de recevoir davantage de rêves et en espérant que cette première ébauche donnera à d’autres l’envie de se pencher sur cette question passionnante.

 

Octobre 2019.

L’épidémie avait commencé en Chine, et probablement aussi en Europe, sans qu’on n’en entende encore parler en France ; le rêve suivant pourrait être considéré comme prémonitoire au même titre que les rêves de fleuves de sang faits par Jung avant la première guerre mondiale (cf. C. G. Jung, Ma vie). Il anticipe des mesures coercitives de privation de liberté, ainsi qu’une notion de danger (radiations nucléaires) qu’elle semble dénier. On a déjà les deux éléments essentiels de la situation à venir : un danger collectif contre lequel on est quadi impuissant, sauf à se protéger par une combinaison et des gants ; et une privation de la liberté d’aller et venir, qui peut être ressentie comme émanant d’un régime autoritaire :
1*Un régime autoritaire a pris le pouvoir. C’est la nuit. Il a été décidé que tous ceux qui ne font pas partie de la direction de l’entreprise devront passer quatre jours et demi dans un environnement nucléaire (, en combinaison blanche avec des gants). La rêveuse se dit qu’elle s’en fiche car elle vit seule, mais que pour les gens qui ont une famille, ce sera vraiment pénible de ne pas pouvoir rentrer chez eux le soir (c’est sur ce plan qu’elle trouve cette mesure très dure, il n’est pas question de danger nucléaire). Elle en parle avec son chef ; elle comprend qu’il était au courant, sans peut-être vraiment y croire jusqu’à présent. Mais il se montre très fataliste et elle comprend qu’il n’y a pas d’aide à attendre de sa part.

Un mois avant le premier confinement.

Une catastrophe naturelle est imminente, qui s’avèrera finalement pas trop désastreuse. Il ne s’agit plus de fuites nucléaires, mais d’un raz-de-marée de glace :
2*La rêveuse sait qu’il va y avoir un « raz-de-marée de glace » qui va tout engloutir. Le clocher d’une église paraît suspendu en l’air et prêt à s’écrouler. D’où elle se trouve, la rêveuse ne voit pas l’arrière de l’église, son chœur est caché par une maison mais elle sait que c’est de là que va venir le raz-de-marée, qui se transforme en une notion de chute. Elle a le temps d’aller se mettre à l’abri sur une colline d’où elle voit, comme en miniature, Notre-Dame et Paris avec la tour Eiffel ; elle voit aussi une partie de la France, car le raz-de-marée parti de Paris doit aller tout engloutir jusqu’à la ville de ses parents. Puis la catastrophe a eu lieu, et ne laisse en fait qu’une fine couche de boue. [
On pourrait même jouer ici sur les mots, à propos du « chœur » de l’église : cœur, coronavirus.

Semaine précédant le premier confinement.

Risque d’intrusion d’inconnus dans la sphère intime, figuration de l’entrée des virus dans le corps.
La notion d’un long séjour hors de chez soi anticipe le confinement, dont il n’a pas encore été question à ce moment-là, et que la rêveuse passera loin de son domicile :
3*La rêveuse ferme le volet de sa porte d’entrée pour prévenir une intrusion ; mais il y a un jour important entre le volet et la porte, où il serait facile de glisser un pied-de-biche. Elle prépare sa valise pour partir à New-York pour un long séjour, sans doute six mois ou un an. Elle trie des livres qu’elle a envie d’emporter avec quelques vêtements. Elle se voit marcher dans les rues de New-York.

Une intrusion d’inconnus dans la maison : l’effraction par le virus. Cette rêveuse mentionne que pour elle, ce type de rêves a, dans le passé, plusieurs fois annoncé une maladie à venir ; or elle a fait le rêve suivant une semaine avant de déclencher le covid :
4*La rêveuse est chez elle avec sa grand-mère. Elles entendent deux personnes monter le perron. Deux hommes pénètrent dans la maison sans aucune politesse, passent devant la grand-mère et se dirigent tout droit vers la cuisine. Ils demandent si il y a une serre. Médusée, la rêveuse répond que non. Mais elle se reprend et trouve leur attitude très bizarre. Elle leur demande pour quel motif ils sont là. Ils ne répondent pas. De plus en pus inquiète, la rêveuse s’esquive pour aller téléphoner à la police, mais ses tentatives seront plus ou moins infructueuses.

Encore un cataclysme naturel, d’ampleur cosmique, et un danger de mort, évité de justesse. La seule façon de se sauver est de fuir et de chercher un refuge pour soi et ceux que l’on aime :
5*Le rêveur est sur une falaise avec sa petite fille qu’il tient par la main. Il regarde le ciel où passent des nuages, qu’il trouve très beaux. Soudain il aperçoit dans le ciel quelque chose, qui peut être aussi bien un vaisseau spatial que quelque chose de minéral. Il serre très fort la main de sa fille ; il lui explique que cela va tomber dans la mer et qu’il va se produire quelque chose. Il comprend que ce sera un tsunami, et en effet une vague énorme est en train de s’enfler. Heureusement, il est sur ce promontoire et ne risque donc rien ; la vague énorme vient se fracasser contre la falaise. Alors qu’il commence à être soulagé, il se rend compte que le ciel gris clair est en train de se durcir et qu’il va tomber. Il entraîne la petite fille à la recherche d’une cavité où se réfugier.

Une grande marée, et une « piqûre contre le rhume » que la rêveuse, au réveil, avait associée à l’angoisse d’attraper la maladie. L’angoisse de mort relie la rêveuse aux générations qui la précèdent, notamment à sa lignée paternelle : or son grand-père médecin avait justement découvert un vaccin :
6*Chez elle avec son mari, la rêveuse regarde un double mur central de bibliothèques pleines de livres qui semblent lui venir de sa famille sur plusieurs générations. Elle pense à y laisser un livre d’elle, ou un journal intime, au milieu de tous les autres, se demandant si quelqu’un le trouverait un jour. Elle découvre alors un vieux livre qu’elle ne connaissait pas. Ce doit être de la poésie, présentée en quatrains. C’est son grand-père paternel chercheur en médecine qui a jadis écrit cela en écoutant de la musique. Une image montre des gens rassemblées autour d’un palmier vert. Maintenant le sol de l’appartement est une plage de sable, mais cela paraît normal. Soudain une vague arrive et vient lécher les rayons du bas de la bibliothèque. Jamais la mer n’est montée si haut, et la rêveuse redoute que les livres ne soient détruits ; en fait la vague se retire après avoir à peine mouillé le bas des livres. Arrive le père de la rêveuse (mort en réalité), très en forme ; il lui dit qu’il va offrir à son mari une piqûre contre le rhume. La rêveuse en est très touchée.
Elle comprendra rétrospectivement que son mari avait déjà contracté le covid lorsqu’elle a fait ce rêve, et elle-même en manifestera les premiers symptômes le jour suivant ce rêve.

Pendant le premier confinement, mars-mai 2020.

Sentiment d’insécurité jusque dans des lieux qui devraient être des refuges, face à l’effraction et l’intrusion d’un collectif malsain et agressif, et sentiment d’impuissance :
7*Une bande de loubards avec leurs chiens de combat pénètrent dans l’appartement où la rêveuse est confinée chez une amie. Elle a très peur.

Intrusion encore, de personnes douteuses, s’avérant finalement des cambrioleurs :
8*Dans l’apartement où la rêveuse est confinée, elle découvre une femme qui lui raconte une histoire invraisemblable justifiant sa présence. Elle la reconduit à la porte ; une fois sortie, la femme essaie de rentrer à nouveau. Puis elle revient avec ses deux fils, dans l’intention de cambrioler une sculpture d’un œuf d’or.

Invasion d’objets anonymes ou inconnus venant du ciel, d’origine humaine (drones, vaisseaux spatiaux), ou naturelle (météorite). Ils pourraient représenter l’envahissement par le virus, en particulier dans des rêves compensatoires chez des personnes qui se disent peu inquiètes à son sujet. On se protège en évitant de sortir.
A l’envahissement se mêle la notion de surveillance policière omniprésente (drones). Mais l’autorité policière n’est plus fiable, car les drones s’écrasent :
9*Confinée chez elle, la rêveuse regarde par la fenêtre. Elle voit quantité de drones qui envahissent le ciel et s’écrasent au sol. Ce sont peut-être des drones de surveillance de la police. Elle empêche son chien de sortir pour qu’il ne se fasse pas écraser par la chute d’un drone.

Période du premier déconfinement, été 2020.

La rêveuse ne sait pas encore qu’elle a eu le covid, dont elle ressentira les séquelles pendant des mois :
10*Elle remarque une croûte sur son bras. C’est la trace d’une « blessure inguérissable » reçue lors du bombardement d’Hiroshima, inguérissable parce qu’il s’agit de radiations nucléaires. Elle voit, comme en film, des épisodes de guerre et de bombardements.

Dans cette période d’entre-deux-confinements, difficulté à se projeter vers l’avenir :
11*La rêveuse est au bord de la mer, il fait nuit. Elle nage « vers les étoiles et la ligne d’horizon ». Mais l’horizon est « fini » au lieu d’être infini ; alors elle se cogne dessus, ce qui l’oblige à faire demi-tour.

Fatalisme face à un danger collectif qui paraît inéluctable ; celui de la pandémie se confond avec celui, tout récent, des attentats :
12*La rêveuse est dans le TGV, et elle est la seule à savoir qu’il y a dans le train un terroriste qui veut poser une bombe pour le faire sauter. En effet, les policiers ne veulent pas rendre publique cette menace car ils tentent de piéger le terroriste. Elle est terrifiée, avec un sentiment d’inéluctable. Mais le train n’a pas sauté, et elle se retrouve sur le quai de la gare d’arrivée.

Le masque interroge sur le vrai visage qu’il recouvre. Derrière le masque peut s’opérer en secret une transformation, une nouvelle peau se prépare :
13*La rêveuse se regarde dans le miroir et voit que la peau de son visage est toute parcheminée et parsemée de taches rouges. Avec les mains, elle tend la peau de son visage qui alors se craquèle comme un coup de soleil qui pèle ou comme un masque de beauté. Cela devient un vrai masque, très coloré (indigo, vert, jaune, noir) avec des dessins géométriques, il est très joli. Elle l’enlève ; il demeure intact. Au-dessous, sa peau neuve est toute fine et elle craint qu’elle ne soit trop fragile sans la protection du masque.

Deuxième confinement, novembre 2020

Sentiment d’apocalypse qui rappelle des ressentis d’abandon précoce, mais qui suscite aussi une attitude soignante :
14*C’est la fin du monde, l’Apocalypse. Le rêveur vois dans un garage miteux un couple qui a créé un orphelinat de fortune pour recueillir des enfants. Le rêveur leur dis : « Je ne vais pas vous laisser dans la misère », et il prends avec lui une dizaine d’enfants pour soulager le couple. Sa femme lui dit : « Ce n’est pas possible, on ne peut pas prendre tous ces enfants, tu dois rappeler l’orphelinat et leur dire non ». Il voudrait le faire mais n’y arrive pas.

L’interruption des transports aériens immobilise le rêveur dans un retour mortifère aux origines :
15*Le rêveur est à Rabat, sa ville d’origine. Il va à l’aéroport pour rentrer en France. Devant l’aéroport, il y a un contrôle et les policiers lui annoncent que les vols pour la France sont annulés à cause du covid. Il retourne dans l’appartement qu’il occupait, petit, vide et pauvre.

Deuxième déconfinement, sous couvre-feu, décembre 2020-mars 2021.

L’interdit du toucher associé au covid ravive chez une rêveuse l’atmosphère de mort, d’attente et de désespoir transmise par sa mère, contre quoi elle parvient à se rebeller grâce à des retrouvailles affectueuses avec un homme :
16*La rêveuse voit un ami qui lui dit : « On se retrouve, on s’en fout du covid, et on s’embrasse ».

Encore une catastrophe naturelle, ici des tornades. La seule option est de fuir, mais est-ce vraiment possible ?
17*La rêveuse voit par la fenêtre, au-dessus de Paris, une dizaine d’énormes tornades noires, dans un ciel gris horrible. Elle doit aller prendre un train vers l’est, et elle est contente que ce soit dans la direction opposée à celles des tornades. Mais une fois dans le train, elle s’aperçoit qu’elle se dirige droit vers les tornades qu’elle voulait fuir, sauf que celles-ci sont devenues moins effrayantes : le ciel est maintenant blanc et non plus gris.
La rêveuse a compté dix tornades, or l’épidémie est apparue environ dix mois plus tôt ; mais elle ne se souvient pas combien il y en avait à la fin, donc à venir. Elle sait seulement qu’elles paraissaient moins redoutables. Je pensais aux rêves de pharaon dans la torah, avec ses sept vaches et ses sept épis interprétés par Joseph comme figurant sept années.

Désir de transgresser les interdits sociaux, qui ont pris une importance majeure dans la vie quotidienne :
18*Une amie a donné rendez-vous au rêveur. Il se retrouve dans un très grand appartement avec beaucoup de monde, il doit se passer un certain événement. Avec son amie, il serre les mains des gens, tout en sachant qu’ils ne devraient pas le faire étant donné les consignes sanitaires. Mais il éprouve un certain plaisir de provocation à cette transgression.

Situation vécue comme un état de guerre sans fin, avec menace permanente de destruction. Le lieu de refuge, tunnel de verre, est aussi ce qui isole et sépare du reste du monde :
19*La rêveuse fuit la ville qui est sur le point d’être bombardée. La route est dans un tunnel en verre qui la protège des bombardements. Seule et à pied, elle avance en se mêlant à la foule qui fuient aussi. La route est à flanc de montagne, et la rêveuse admire le paysage à travers la vitre. Elle sait que derrière se trouve une vallée, et elle voit arriver les avions qui vont lâcher sur cette vallée leurs bombes incendiaires.
La rêveuse vit les confinements successifs comme des catastrophes, qui lui semblent confirmer son sentiment désespéré de solitude.

La situation extérieure, avec ses contraintes nouvelles (l’heure du couvre-feu, dont le dépassement sera sanctionné par la police), peut apparaître comme un lieu de projection pour un surmoi individuel féroce qui paralyse l’action, voire la pensée :
20*La rêveuse est au supermarché avec son père. Elle erre dans les rayons au milieu de la cohue, sous la pression de l’urgence car le magasin est sur le point de fermer. C’est sans doute lié au couvre-feu, et il semble que les gens fassent des stocks. Son père fait la queue ; il est assez proche de la caisse, et l’appelle pour qu’elle l’y rejoigne, d’autant plus qu’il reste trop peu de temps pour que tout le monde puisse passer en caisse avant la fermeture. Paniquée par la pression, la rêveuse sent sa réflexion paralysée : elle ne sait plus du tout de quoi elle a besoin. Elle se demande ce qu’elle fait là et, énervée, s’en va.

Rêve de compensation, marquant la hâte de sortir de cette période de restrictions sanitaires, laquelle redouble un événement personnelle pénible qui vient d’avoir lieu pour la rêveuse :
21*La rêveuse traverse son village et parvient à un quai de bord de mer, avec quelques petits bateaux amarrés. Elle arrive à un café situé vers le milieu du quai. On peut s’y inscrire pour des excursions en bateau. Elle descend sur la terrasse qui donne directement sur l’eau. et va à la table la plus proche de l’eau. Elle est surprise : il y a des choses déballées dessus, des affaires de randonnée, peut-être un peu de nourriture et de boisson, et des gens sont attablés. De plus en plus surprise, elle découvre que toutes les tables sont mises, prêtes à accueillir des clients malgré le covid.

22*La rêveuse est avec son groupe de randonnée. C’est la fin du confinement et tout le monde se réjouit.

Au fur et à mesure que les mois ont passé, les rêves de cataclysmes naturels ont progressivement fait place à des rêves dans lesquels la situation sanitaire apparaissait en tant que telle, redoublant souvent des circonstances personnelles au rêveur, et que celui-ci intègre alors en fonction de ses propres problématiques, que nous n’avons pas à aborder ici. Néanmoins le futur collectif sera « tiré » en avant par les élaborations personnelles tissées par le travail d’individuation de chacun : « La vie immédiate est toujours individuelle, car c’est l’individu qui est le porteur de vie. » (C. G. Jung, L’Âme et la vie, chap. 4).
Cette étude reste un chantier ouvert, dans l’attente d’envoi de nouveaux rêves...