JUNG ETAIT-IL GNOSTIQUE ?

Par Françoise Bonardel le 9 Octobre 2018


La question fut posée par Martin Buber et certains théologiens chrétiens après la publication de Réponse à Job (1952), et Jung s’indigna qu’on puisse le soupçonner d’avoir embrassé la religion gnostique. Mais ne s’agit-il que de cela ? Moins bien connues que ses relations avec l’alchimie, celles qu’il entretint dès 1910 avec la gnose se révèlent complexes. Déjà très présente dans Le Livre Rouge à travers les Sept Sermons aux morts, la connaissance salvatrice délivrée par la gnose a-t-elle influencé l’élaboration de la psychologie analytique ? Loin d’avoir cessé en 1929 lorsqu'il découvrit l’alchimie, l’intérêt de Jung pour la gnose demeura intact, et cette « passion de la pensée et de la connaissance" nourrit en profondeur toute son oeuvre et explique en partie pourquoi il a toujours préféré savoir - au sens gnostique du terme - plutôt que croire. Ainsi la gnose éclaire-t-elle également la vision jungienne de la religion à-venir. Le débat sur cette question est donc loin d’être clos, et la meilleure connaissance qu’on a aujourd’hui des écrits gnostiques ne fait que confirmer la pertinence des intuitions de Jung.