PSYCHOLOGIE ET PHILOSOPHIE, L'ANIMATION DE LA PENSEE

Par Jean-Jacques Wunenburger le 11 Janvier 2011


Jean-Jacques Wunenburger se propose d'actualiser la relation existant entre la psychologie de Jung et la philosophie occidentale en suggerant aux auditeurs des itineraires de reflexion par lesquels les deux perspectives convergent.

La philosophie se defie de la psychologie depuis son origine grecque et notamment depuis Platon en poursuivant dans l'architecture anthropologique le projet de separer « la tête du tronc », le noos du thumos et le thumos lui-même du corps. En effet, l'idée, dans le projet platonicien est vidée de toute connexion avec du sensible et donc de tout ce qui est lié à la psychologie.

Si donc encore aujourd'hui le projet de la philosophie, dans cette même orientation reprise par Descartes, est d'assurer l'autonomie du logos, de la logique au sens large en l'isolant de l'âme, Jean-Jacques Wunenburger propose un retour à l'œuvre de Jung pour interroger le logos, à partir du psycho-logique, donc de la vie de l'âme. Ainsi l'auteur compare le questionnement jungien visant à comprendre l'activité intellectuelle de l'homme à la démarche de Nietzsche qui a éclairé la pensée à partir du corps et des instincts montrant ainsi la pensée comme une force qui se dévoile par exemple dans la conviction et la certitude ou au contraire dans le doute et le nihilisme. Ces variations de force vont être présentes dans les œuvres de plusieurs psychologues comme Pierre Janet et Henry Ey qui ont contribué à montrer comment la pensée prenait sa vie dans le terreau archaïque de la psyché où l'on rencontre ses bases organiques.

Dans cette perspective, la pensée côtoie d'autres modes d'entrée en relation avec les choses et les êtres comme en témoigne la quaternité jungienne des fonctions d'orientation de la conscience décrite dans sa typologie psychologique.

Jean-Jacques Wunenburger s'arrête avec Gaston Bachelard sur la filiation qui relie l'image vivante et la pensée selon laquelle les images, inséparables des affects, sont à l'œuvre dans la genèse psychique des idées.

S'appuyant sur les philosophes présocratiques, Jean-Jacques Wunenburger avance plusieurs arguments en faveur d'une conceptualisation de la pensée impliquant la primauté psychique de l'affect en vertu du principe de polarité ou de tension des contraires. Pour l'auteur, en effet, le caractère affectif de la pensée, la logique de l'imagination à laquelle elle répond l'emporte sur la seule logique formelle de la raison ou sur le seul principe de contradiction qui échouent à la représenter fidèlement. Les « Régimes de pensée » de Gilbert Durand, selon qui les configurations de l'imaginaire préfigurent celles de la rationalité, viendront à l'appui de cette même hypothèse.

A partir de ces prémices, Jean-Jacques Wunenburger propose aux auditeurs d'engager une réflexion sur les matrices symboliques de la pensée qui la préfigurent en référence à Marie Louise Von Franz ainsi qu'une réflexion sur les objets imaginaux en considérant l'image extérieure à l'homme comme un foyer potentiel de la pensée.

Ainsi se voient interrogées les conditions d'une conciliation possible entre recherche de satisfaction personnelle ou de diminution de la souffrance et recherche de la vérité, débat qui fait apparaître les limites d'une psychologisation de la pensée au regard de l'ultime enjeu que représente l'accès à la vérité.