LE MYTHE D'APOLLON ET L'UNION DES CONTRAIRES

Par Anne Laurain le 5 Avril 2011



Dans la mythologie grecque, Apollon etait un dieu dont l'importance venait juste apres celle de Zeus. Il avait plusieurs fonctions differentes ; il symbolisait l'harmonie physique et morale et avait fini par representer un ideal de sagesse synthetisant en lui de nombreuses oppositions. Sa maxime etait inscrite sur le fronton de son temple à Delphes : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux ».

Pour la psychologie jungienne, Apollon symbolise par excellence la possibilité à réaliser l'équilibre et l'harmonie des contraires en nous, en orientant les pulsions humaines vers une spiritualisation progressive grâce au développement de la conscience.

En psychologie, les contraires sont le moteur du développement de l'ego au début de la vie, et plus tard le moteur du développement d'une conscience plus élevée, car ils s'attirent et se repoussent réciproquement créant ainsi une tension entre eux. De cette tension naissent des énergies soit positives soit négatives, soit les deux à la fois.

Le début de l'exposé, consacré aux premiers contraires, aborde l'évolution de l'enfant. A la naissance, le bébé est l'objet des premiers contraires entre unité et séparation physiques, intérieur et extérieur. En grandissant, l'enfant va vivre des expériences positives et négatives. Chaque expérience, accompagnée de sa manière de réagir, s'enregistre inconsciemment dans la psyché.

La discrimination des contraires est la première étape du processus d'individuation conçu par Jung, en s'inspirant du processus alchimique dans lequel il découvrit des analogies. Comme il l'a indiqué : « Il n'y a pas de conscience sans la discrimination des contraires ».

L'intégration des contenus inconscients dans la conscience est le moteur de la transformation de la personnalité en individualité.

Mais le processus d'individuation ou le devenir Soi ne s'arrête pas à la différentiation des contraires. Il se poursuit avec la reconnaissance des éléments négatifs en nous (l'ombre), avec l'acceptation de contenus inconscients autonomes et leur incorporation dans la conscience.

Le Soi est l'archétype de complétude, de totalité, c'est-à-dire la possibilité en nous d'être complet en réunissant nos contraires et contradictions de même que la possibilité de faire l'expérience de cette complétude.

L'être individualisé sait que son moi conscient n'est plus le véritable centre de sa personne, mais qu'un autre centre, le Soi, agit en lui. Dans cette perspective, il accepte de tenir la tension entre les contraires. Un autre avantage de la relation avec le Soi c'est qu'elle est un moyen d'accès à l'expérience spirituelle ou religieuse.

Comme Apollon qui synthétisait plusieurs opposés en lui de manière harmonieuse et équilibrée, la différenciation de nos contraires et contradictions puis leur conjonction en une force unificatrice permet de devenir complet (et non parfait) ou un avec soi-même.