L'art
Il est bien certain, il est même évident que la psychologie, science des faits et des processus psychiques, peut et doit être mise à contribution par les travaux littéraires : l'âme humaine n'est-elle pas à la fois la mère de toute science et le vase matriciel de toute œuvre d'art? Aussi serait-on en droit d'attendre des sciences de l'âme qu'elles puissent aider d'une part à étudier la structure psychologique d'une œuvre d'art et d'autre part à expliquer les conditionnements psychologiques de l'artiste créateur.
Remarquons toutefois qu'il s'agit là de deux tâches essentiellement différentes. Étudier une œuvre d'art, c'est analyser le fruit, engendré « intentionnellement », de facultés et d'activités psychiques complexes.
Étudier les conditionnements psychologiques de l'artiste créateur, c'est étudier l'appareil psychique lui-même.
Dans le premier cas, l'objet de l'interprétation psychologique est une œuvre d'art concrète; dans le second, c'est l'être humain créateur qui est en cause, sous forme d'une personnalité, marquée au coin d'une unicité.
Quoique l'œuvre d'art et son créateur aient entre eux les rapports les plus étroits et soient liés par des interférences indissolubles, il n'en demeure pas moins vrai que l'un ne peut pas expliquer l'autre. Certes, il est possible de tirer de l'un des déductions valables pour l'autre. Mais celles-ci ne sont jamais logiquement contraignantes. Dans l'éventualité la meilleure, ces déductions expriment des probabilités et d'heureux aperçus. Elles ne sont que cela.
(Jung, Problèmes de l’âme moderne, p 321)
Des imaginations et fantasmes infantiles refoulés ou n’ayant jamais accédé à la conscience s’activent dans « une situation de détresse du conscient », nous dit Jung. Il ajoute que ces imaginations ne sont perturbantes, voire pathologiques, que lorsqu’elles surgissent dans des conditions qui débordent les capacités conscientes de la personne et qui troublent l’équilibre psychique. C’est ainsi que le social peut être tout aussi traumatique qu’une enfance gravement perturbée et maltraitée par l’atmosphère consciente et inconsciente de l’environnement familial. Et bien souvent le trauma social résonne avec celui de l’enfance.