L'INDIVIDUATION
- C.G. Jung (glossaire de « Ma vie »)
- “J’emploie l’expression d’ “individuation” pour désigner le processus par lequel un être devient un “in-dividu” psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité ”
" La voie de l’individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et dans la mesure où nous entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable, il s’agit de la réalisation de son Soi dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d’ « individuation » par “réalisation de soi-même”, “réalisation de son Soi”. - "Mais je constate continuellement que le processus d’individuation est confondu avec la prise de conscience du moi et que par conséquent celui-ci est identifié au Soi, d’où il résulte une désespérante confusion de concepts. Car, dès lors, l’individuation ne serait plus qu’égocentrisme ou autoérotisme. Or, le Soi comprend infiniment plus qu’un simple moi.., L’individuation n’exclut pas l’univers, elle l’inclut."
- “J’emploie l’expression d’ “individuation” pour désigner le processus par lequel un être devient un “in-dividu” psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité ”
- C.G. Jung Types psychologiques (Définitions):
- Le concept d’individuation est particulièrement important en psychologie analytique.
- Généralement parlant, c'est le processus de formation et de particularisation de l’individu ; plus spécialement de l’individu psychologique comme être distinct de l’ensemble, de la psychologie collective. L’individuation est donc un processus de différenciation qui a pour but de développer la personnalité individuelle. Cette individuation est une nécessité naturelle puisque l’entraver par des réglementations rigides ou même exclusives, selon des normes collectives, porterait un grave préjudice à l’activité vitale de l’individu. Or l’individualité est déjà donnée physiquement et physiologiquement ; de là découle son expression psychologique correspondante ; entraver son développement équivaut à estropier artificiellement le sujet. Or un groupe social composé d’unités estropiées ne pourrait être une institution saine ni viable ; seule la société qui peut à la fois conserver sa cohésion intime, ses valeurs collectives et accorder à l’individu la plus grande liberté possible peut espérer une vitalité durable et l’individu n’est pas seulement unité, son existence même présuppose des rapports collectifs ; aussi le processus d’individuation ne mène-t-il pas à l’isolement, mais à une cohésion collective plus intensive et plus universelle.
- Le processus psychologique d’individuation est étroitement lié à la fonction dite transcendante qui détermine les lignes individuelles de développement que l’on ne saurait atteindre, par la seule voie des normes collectives .
- L’individuation ne peut en aucun cas constituer l’unique but de l’éducation psychologique. Avant que l’individuation ne devienne but, l’éducation doit en avoir atteint un premier : adopter au minimum de règles collectives nécessaire à l’existence : pour qu’une plante soit mise à même de développer le plus possible son originalité, il faut d’abord qu’ait puisse grandir dans le sol où elle a été plantée. L’individuation est toujours plus ou moins en opposition avec la norme collective, puisqu’elle est séparation et différenciation de l’ensemble, formation de l’originalité, non d’une originalité recherchée, mais de celle qui est donnée a priori dans la disposition du sujet. Cependant son opposition à la norme collective n’est qu’apparente à y regarder de plus près, on remarque que le point de vue individuel n’est pas opposé à la norme collective ; il a simplement une autre orientation.
- D’ailleurs, une voie individuelle ne peut à vrai dire jamais s’opposer à la norme collective; seule une autre norme pourrait le faire. Or une voie individuelle n’est jamais une norme ; celle-ci est toujours le résultat de l’ensemble des voies individuelles ; elle n’est justifiée et précieuse pour la vie que s’il existe des voies individuelles qui s’orientent de temps en temps d’après elle. Mais dès qu’on lui attribue une valeur absolue, elle ne sert plus de rien. Un conflit réel avec les normes collectives n’éclate que si l’on prend pour norme la voie individuelle, comme le voudrait l’individualiste extrême. C’est là évidemment une intention pathologique, tout à fait contraire à la vie.
- Cette tendance n’a rien de commun avec l’individuation, qui prend certes un biais individuel, mais ne peut se dispenser de la norme ni pour son orientation vis-à-vis du social, ni pour établir le rapport collectif indispensable à la vie des individus dans la société, L’individuation conduit donc à une appréciation naturelle des normes collectives, alors que pour une orientation exclusivement collective ces normes finissent par devenir inutiles; d’où la ruine de la moralité proprement dite, car, plus est forte la réglementation collective des hommes, plus est grande l’immoralité individuelle. L’individuation coïncide avec le processus du développement du conscient sortant de son état primitif d’identité . L’individuation est donc l’élargissement de la sphère du conscient et de la vie psychologique consciente.