HUMBERT Elie G. : LA DÉPRESSION
Élie Humbert aborde la dépression non psychiatrique telle qu'il l'a connue en analyse, et la résume par le vieux mot des familles : « ne t'écoute pas ». C'est à la fois le signe, le symptôme et la voie. La dépression est une perte d'énergie du conscient et un état de toute la psyché, collective d'abord, dans une société « déliée » qui a perdu son sentiment. Elle suit deux lignes, le décollement du conscient et la déchirure du lien, face auxquelles l'analyste est à la fois miroir de la totalité et gardien du lien. Humbert distingue deux cliniques. La première est faite d'humeurs dépressives organisées par l'anima ou l'animus, un plaisir négatif qui mange l'énergie (« tu dois / tu n'y arriveras pas »), et elle se travaille par la prise de conscience jusqu'à l'inceste symbolique. La seconde est la nigredo nécessaire, effondrement de la persona et retour à la materia prima et au corps, que les rêves imposent comme une tâche. Au-delà, il y a une « expérience nocturne », qu'il évoque par la Nuit obscure de Jean de la Croix et la « lumière noire » d'un récit visionnaire. C'est à la fois la liberté de sortir de sa maison vers un autre lien, et la perception de la résistance à vivre qui pèse sur les humains, deux versants inséparables. Dans la discussion, il présente la dépression comme une maladie qui guérit d'elle-même si l'on survit, signe que la fonction de lien est autonome, et le soi comme un « antidestin ».