La syzygie
Ainsi que le montre l'expérience pratique, ces deux archétypes [animus et anima] sont dotés, à l'occasion, d'une fatalité opérant dans une mesure tragique. […] C'est un couple divin, dont l'un des partenaires est caractérisé, grâce à sa nature de «logos» par le pneuma et le noûs, un peu à la manière de l'Hermès aux multiples chatoiements, et l'autre porte, grâce à sa nature d'« éros », les traits d'Aphrodite, d'Hélène (Séléné), de Perséphone et d'Hécate. Ce sont des puissances inconscientes, voire des dieux, ainsi que l'Antiquité les concevait fort « justement». […]Celui qui ne les voit pas est entre leurs mains, comme l'épidémie de typhus est d'autant plus florissante que l'on ignore la source d'infection. Jung, C. G., Aion chap. III, § 41
J'ai montré dans Dialectique du moi et de l'inconscient que la syzygie se compose de trois éléments, à savoir d'une part de la somme de féminité qui est propre à l'homme et de masculinité propre à la femme, ensuite de l'expérience que l'homme fait de la femme et vice versa, et enfin de l'image féminine et masculine archétypique. Le premier élément peut être intégré par le processus de réalisation de la conscience ; par contre le dernier ne le peut pas. . Jung, C. G., Aion chap. III, § 41 note 7.
On ne peut sans doute échapper à l'hypothèse qu'il y a dans l'inconscient un élément de tension émotionnelle tout prêt, qui, à un certain moment, parvient à l'état de projection. Le contenu est le thème de la syzygie qui exprime le fait qu'un facteur masculin est toujours accompagné d'un facteur féminin correspondant. L'extension et le caractère émotionnel extraordinaire du thème montrent qu'il s'agit d'un fait fondamental et par conséquent d'une grande importance pratique. Jung, C. G LES RACINES DE LA CONSCIENCE CW 9.1 § 134
Pour résumer, j'aimerais souligner que l'intégration de l'ombre, c'est-à-dire le fait de rendre conscient l'inconscient personnel, représente la première étape du processus analytique, sans laquelle une connaissance de l'anima et de l'animus est impossible. L'ombre ne peut être réalisée que dans la relation avec un vis-à-vis, et l'animus et l'anima par la relation avec le sexe opposé, car c'est seulement là que leurs projections sont opérantes. Jung, C. G., Aion chap. III, § 42.