La souffrance pose au sentiment l’évidence de la réalité du mal et, par les questions qu’elle suscite, met en branle la démarche de l’éveil. Rappelant l’épisode relaté par Jung de la vision de la cathédrale de Bâle (« Ma vie :souvenirs, rêves et pensées »), et s’appuyant sur « Aïon » et « Réponse à Job », Luigi Aurigemma nous conduit au cœur du mythe jungien : « le mythe du devenir conscient de ce qui est ». Au-delà du clivage tranché, traditionnel dans notre culture, entre le Bien venant de Dieu et le Mal venant du Diable, l’observation libre, dans la pratique de la psychologie analytique, des pulsions contradictoires qui cohabitent en nous, également puissantes et numineuses, amène Jung à considérer le Bien et le Mal comme les deux pôles opposés de la divinité. L’espoir de réduire l’écart entre ces deux pôles grâce à la prise de conscience ouvre sur la possibilité de réduire la souffrance. A la naissance d’une conscience nouvelle, connaissant la complexité de ses racines, correspondent des productions de l’inconscient collectif telles que « l’enfant blanc et noir » des alchimistes.